La destinée des Nations dépend de la manière dont elles se nourrissent (Brillat-Savarin)

 

Les traditions sont le cœur de l’héritage des savoir-faires, compétences, rêves et créativité des générations qui nous ont précédées. L’innovation est l’expression de la créativité, des rêves, savoir-faires et compétences des générations contemporaines s’inspirant des précieux savoirs dont ils ont bénéficié, et leur contribution à la transmission de ces traditions aux futures générations.

Diaita Hedeos souhaite contribuer activement au partage des traditions et savoirs en les confrontants aux nouvelles possibilités permises par les innovations, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives visant à l’amélioration de la qualité de vie au sens le plus large.Diaita Hedeos est profondément convaincu que la qualité des aliments et les traditions culinaires sont des paramètres essentiels à la cohérence sociale par leurs capacités de rassemblement, d’échange, de partage, de convivialité, de développement économique local, d’incidence sanitaire et d’identité culturelle.

Nous souhaitons encourager toutes les initiatives novatrices tendant à promouvoir les valeurs des cultures méditerranéennes et de leur art de vivre de façon pérenne, valorisant ainsi les aspects positifs et complémentaires de chacune d’entre elles.

Prendre le temps de préparer un repas avec des produits de qualité, repas qui sera ensuite partagé autour d’une table avec des amis, la famille, les voisins ou les relations professionnelles impliquent des changements comportementaux essentiels dans une époque où la vitesse, l’intérêt et la performance semblent avoir pris le pouvoir de façon contradictoire. Revenir à l’essentiel, prendre le temps de savourer, savoir marquer des pauses indispensables, retrouver le plaisir de partager, d’échanger, de discuter, pas seulement en vacances mais au quotidien, redécouvrir les saveurs, les produits authentiques, les aliments qui vous font du bien, réapprendre à écouter votre corps pour permettre à votre esprit d’être libre et performant.

Nous publions des extraits d’un colloque organisé par le CNA et l’IEHCA qui s’est tenu en 2012. Les données et prévisions sont assez alarmistes et sans vouloir tomber dans le catastrophisme ambiant, nous pensons qu’il existe des alternatives possibles à la course effrénée du profit et de la malbouffe proposée par les groupes industriels . Nous contribuerons dans la mesure de nos moyens à soutenir les producteurs passionnés qui préfèrent l’authenticité au rendement, et la préservation de leurs terres aux alternatives chimiques.

Le challenge est immense au vu de la disproportion des forces en présence, mais l’objectif est stimulant et nous croyons que les petites gouttes de pluie, en se rassemblant, peuvent se transformer en vagues puissantes…

 

Extraits du colloque organisé par le CNA (Conseil National de l’Alimentation) et l’IEHCA (Institut Européen d’Histoire et des Coutumes de l’Alimentation) en 2012 :

« D’après la Banque mondiale, la population de la planète augmente chaque année de 60 millions de personnes, tandis que les terres agricoles diminuent de 2,5%, ce qui génère des enjeux environnementaux, économiques et sociaux extrêmement importants.

Depuis 50 ans environ, les pays qui ont connu l’évolution la plus poussée de leur système alimentaire sont entrés dans l’âge agro-tertiaire, caractérisé par la massification des services dans l’alimentation. Aujourd’hui, dans le prix d’un aliment acheté, la moitié ou presque est absorbée par le secteur tertiaire ; les aliments apparaissent « dématérialisés », ce qui constitue un paradoxe pour un bien vital.

D’après l’Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation (IEHCA), en 2012, la terre abritait 7 milliards de consommateurs. 57 % de l’humanité vivait dans un modèle agro-industriel avec des marchés de masse, quand 43 % s’inscrivait dans un modèle traditionnel d’autosubsistance. Le système agro-industriel étant devenu le modèle dominant sur notre planète, avec des prix volatils, une tendance lourde haussière et un gaspillage élevé ; 25 % de la nourriture achetée en Europe et en Amérique du Nord est jetée.

Ce système se caractérise par :

  • Une production de masse, avec une standardisation des produits
  • Des produits marquetés pour lesquels l’emballage est un vecteur de vente important ;
  • Des produits sûrs et hygiéniques, mais avec un apport important de sucre, sel, corps gras et de nombreux ingrédients issus de la chimie de synthèse.

La production d’aliments est caractérisée, dans le modèle agro-tertiaire, par un recours à l’intensification, qui nécessite de la terre, de l’eau, de l’énergie, des intrants mécaniques et chimiques, ainsi que de la génétique. Les botanistes estiment qu’il existe environ 30 000 espèces végétales comestibles sur la planète, or 75 % de l’alimentation humaine est composée de 9 grandes cultures: riz, blé, maïs, soja etc. Il s’agit d’un système concentré du point de vue des structures d’entreprises, avec de grandes firmes telles que Monsanto, Wal-Mart et Nestlé. Ce système est mondialisé sur la base de filières très longues.

Enfin, il s’agit d’un système financiarisé, c’est à dire de plus en plus soumis au pouvoir actionnarial de fonds d’investissement dont le seul critère de décision est la maximisation du bénéfice par action à court terme et en conséquence de plus en plus vulnérable aux crises.

Aujourd’hui, le monde est en insécurité alimentaire. Trois milliards de personnes souffrent de malnutrition, un milliard de personnes est en sous-alimentation, un milliard souffre de carence d’oligo-éléments et un milliard est en suralimentation calorique ou protéique. Selon l’OMS, environ 50 % de la mortalité pathologique mondiale sont liés aux maladies d’origine alimentaire. Les budgets de santé explosent dans la plupart des pays du monde alors que ceux qui sont consacrés à l’alimentation ne cessent de diminuer. La sûreté de l’alimentation n’est pas assurée et des maladies bactériologiques sévères causent une importante mortalité. En outre, les prix sur les marchés sont extrêmement volatils et il n’existe aucune visibilité sur le cours des intrants.

Enfin, bien que le droit à l’alimentation soit inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 et qu’il soit défendu par un représentant spécial des Nations-Unies, il n’est pas garanti et très peu de pays l’ont inscrit dans leur constitution : ainsi, il n’apparaît pas dans la Constitution française.

Toujours selon l’IEHCA,deux scénarios se dessinent à l’horizon 2050 pour les systèmes alimentaires :

Un scénario tendanciel, fondé sur le marché et la techno-science, basé sur des critères de faisabilité économique et technique, 500 000 fermes géantes de 4 000 hectares chacune suffiraient à nourrir le monde, en mobilisant 2 milliards d’ha, alors qu’aujourd’hui 1,5 milliard d’hectares sont cultivés. Le nombre d’agriculteurs serait divisé par 1 000 en l’espace de deux générations. Les produits alimentaires, selon les laboratoires de recherche des firmes internationales, pourraient répondre aux défis de la santé par la complémentation ou la médicalisation, en « corrigeant » la composition des aliments pour répondre aux standards nutritionnels. Une poignée de grandes firmes industrielles de l’agrofourniture, de l’agroalimentaire et de la grande distribution, avec les pratiques de lobbying intense auprès des gouvernements observés actuellement, serait en mesure de faire aboutir ce scénario.

Un scénario de rupture, avec un changement de modèle. Le nombre d’exploitations agricoles serait plus important, entre 50 et 100 millions, sur 2 milliards d’ha, ce qui correspond au bas de la fourchette du potentiel mondial de terres cultivables établi par les agronomes. Chaque exploitation aurait ainsi une superficie moyenne de 20 à 40 ha (moyenne recouvrant bien sûr d’importantes disparités), ce qui permettrait d’améliorer substantiellement le revenu des agriculteurs. Le nombre d’entreprises agroalimentaires serait très supérieur à celui du premier scénario car le tissu très dense des TPE et PME serait préservé grâce à des filières courtes axées sur la qualité organoleptique et culturelle des aliments et sur des labels d’origine (AOP, IGP). En termes de pilotage, les marchés seront toujours soumis à un mode de gestion capitaliste, mais ils seront régulés par les Etats et des réseaux d’entreprises qui s’inspireront davantage des principes de l’économie sociale et solidaire.

Des changements de valeurs sont nécessaires. Dans le monde d’aujourd’hui, dominé par la théorie des marchés et l’hégémonie du modèle capitaliste, la « valeur » dominante dans de multiples domaines est le profit monétaire : on assiste à une «marchandisation» de toutes les activités humaines (et comme on l’a vu de l’alimentation), du temps et de la nature. Cette «valeur» marchande doit être confrontée à d’autres : l’équité´, la santé, l’environnement.

Ces considérations renvoient toutes à la question essentielle de la gouvernance. Il convient de réduire les asymétries entre acteurs économiques, qui sont importantes dans les filières agroalimentaires, et d’impliquer davantage la société civile, en particulier les associations de consommateurs et les ONG.

La « mémoire alimentaire » doit être entretenue par l’éducation. Il existe en effet une autre façon de s’alimenter qu’en avalant, seul et en 5 minutes, un sandwich dans la rue ou de la « nourriture » proposée par les fast-foods .

L’information du consommateur, qui doit impérativement être clarifiée et renforcée, pourrait passer par une communication générique financée par une taxe sur la publicité commerciale. En effet, les annonceurs de l’agroalimentaire en France dépensent environ 5 milliards d’euros par an, alors que le PNSS (Programme National Nutrition Santé), ne dispose que de 50 millions

Les résultats d’une étude menée en 2008 montrent qu’aux yeux des consommateurs européens, un produit traditionnel est un produit consommé fréquemment ou associé à des saisons, transmis de génération en génération, élaboré selon un savoir spécifique, selon un processus relativement simple et associé à un espace clairement identifié ; il se distingue en outre par sa qualité organoleptique.

Plusieurs labels européens ont été créé en 1992 (textes révisés en 2006), dans une tentative de réglementer les produits traditionnels :Les Spécialités Traditionnelles Garanties (STG). C’est le seul label à mettre en avant la notion de tradition. Mais paradoxalement le label STG ne fait pas de lien entre territoire et produit, avec pour conséquence une protection limitée puisque quiconque respectant le cahier des charges peut potentiellement obtenir le label.

Les appellations d’origine protégée (AOP) qui permettent de protéger un produit unique élaboré dans un territoire donné où doit se faire l’ensemble de la production.

Les indications géographiques protégées (IGP) qui n’imposent pas que l’ensemble du processus de production s’opère dans la zone délimitée.

Aucune de ces réglementations ne permet de garantir ni l’authenticité, ni la qualité organoleptique des produits commercialisés tant il est difficile de définir ce qu’est un produit traditionnel et de vouloir encadrer les produits dans des définitions strictes »